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« La Roue Du Temps » de Robert Jordan

Robert Jordan, grand conteur, nous décrit un monde où les histoires rencontrent l’Histoire, où les légendes accompagnent les rumeurs, où les chansons nous racontent le peuple qui les chantent.

Mise en bouche (brève pour éviter les spoils): Dans un petit patelin perdu, l’arrivée d’une femme et de son compagnon-lige taciturne bouleverse la vie de trois paysans Rand, Mat et Perrin. Ils découvrent alors un monde insoupçonné et sont embarqués dans une gigantesque trame qui les dépasse.

« La Roue du temps, un tolkien-like ! » « Hey, vous trouvez pas que Mat et Rand ressemblent à Sam et Frodon ! » « Si vous n’avez qu’un seul roman de Fantasy à lire après Le seigneur des anneaux, c’est la Roue du temps ! » Etc.. Tolkien, Tolkien, Tolkien. Il est vrai qu’on ne peut s’empêcher de faire des rapprochements entre les deux oeuvres. Une quête initiatique de jeunes gens qui trainent le boulet de leurs destinées. Des situations, personnages semblables, une forme de manichéisme bien/mal. Mais bon, il est assez vulgaire de se limiter à ça. Pour moi, on peut faire un rapprochement essentiel entre les deux oeuvres. Toutes deux sont des philtres d’amour où l’Histoire (la grande) et les mots nous attire dans leurs lits.

La trame d’un tissu cosmique…

Petit aparté , je déteste les classements en genres et sous-genres… Autant de petites boites sur lesquels on appose une jolie étiquette. Une vulgarité qui colle des images préconçues et simplistes sur une oeuvre. Mais bon j’admets toutefois qu’elles sont bien pratiques. C’est pourquoi, excusez- moi si vous êtes comme moi, j’utilise le terme « High Fantasy » malgré tout. On voit ainsi directement vers quoi je me dirige.

Donc la Roue du temps est tamponné « High Fantasy ». Je m’attendais ainsi à un récit plutôt convenu. Mais ce roman est bien plus qu’un truc prévisible bouffi de stéréotypes. En effet, l’univers m’a surpris par sa subtilité. C’est par exemple dans ce genre de récit que l’on retrouve la sempiternelle lutte de l’ombre et la lumière. Or ici, ce manichéisme est une façade qui couvre une réflexion plus complexe. Et c’est là que se situe toute sa modernité et sa différence avec Tolkien. Il y a une véritable réflexion sur l’éthique. Ici, le bien et le mal dépendent en fait du point de vue de chacun. Chaque faction possède son idéologie et sa morale propre, qui n’est ni bien ni mal en soi. Leurs identités ne se limite pas à une dualité ombre et lumière. De plus, il existe également une volonté de montrer que le bien peut être aussi destructeur et terrifiant que l’ombre. Les deux s’équilibrent et sont complémentaires tout simplement.

Au fond, seule la naïveté des jeunes héros n’est souillée d’aucun dilemme. Mais pas pour longtemps, en effet, ces personnages devront très rapidement apprendre à vivre avec une tare, une part sombre en eux. Bref, tout ce jeu sur le manichéisme de la High Fantasy est vraiment très appréciable. On ne sort toutefois pas des codes du genre : héroïsme, chevalerie et amour courtois Mais ne vous trompez pas, ce n’est pas pour me déplaire. J’adore ce petit crépitement de contes et légendes qui nous est soufflé. Robert Jordan, grand conteur, nous décrit un monde où les histoires rencontrent l’Histoire, où les légendes accompagnent les rumeurs, où les chansons nous racontent le peuple qui les chantent. Le temps y prend une place toute particulière. J’ai toujours été séduit par cette philosophie du temps cyclique.L’Ouroboros, symbole du dragon se mordant la queue (couverture),  participe à une mythologie forte centrée sur le passé, la langue, la culture.

De la poussière d’étoiles… (y parait)

Dans ce vaste tissu cosmique, le lecteur suit le parcours de quelques grains de poussière (mais vous savez ce que l’on dit sur les grains de sable et les rouages). Des personnages qui n’ont pas tous la même saveur. Certains personnages sont plus séduisants que d’autres. Et bizarrement, ce ne sont pas les individus de premiers plans. Pour ma part, je suis tombé amoureux des personnages secondaires (Perrin, Nynaeve, Lan). J’adore ces personnages matures, conscients de porter une fêlure irréparable, qui supporte de vivre et d’avancer comme des jouets cassés. Ces héros s’épaississent au cours du roman et le mystère qui nimbe leurs personnalités aspire le lecteur. La psychologie ne nous tombe pas tout cuit dans la bouche. On la découvre, on l’imagine, on la devine. « Bon, allez, encore 20 pages et ils arrivent en ville » Mais la roue du temps n’est pas un récit haletant (il n’en est pas moins prenant !!! ). Par moment, j’ai ressenti quelques longueurs, un manque d’action. Il y a très peu de scènes ou j’ai été plongé au coeur d’une impression de menace ou d’un sentiment d’urgence. Il y a comme un ventre mou et monotone par moment où l’on attend impatiemment l’arrivée du bouleversement qui tarde à se pointer. Par opposition, les évènements s’enchainent rapidement à la fin du récit. Du coup, une petite amertume de fin bâclé trainouille dans la bouche.

L’édition de Bragelonne

L’initiative de Bragelonne est remarquable. J’apprécie beaucoup le respect de la tomaison originale et dans une nouvelle traduction qui plus est ! Pour avoir un peu feuilleté l’ancienne édition, j’ai en effet remarqué un vocabulaire beaucoup plus lourd, un ton moins naturel et plus emprunté que dans la nouvelle traduction de Jean-Claude Mallé. Concernant la couverture, je trouve, pour ma part, le graphisme un peu artificiel et tape à l’oeil. J’aurais préféré un style plus manuscrit (dans le style de leur dossier de presse), mais bon… Du moment que l’ivresse est au rendez-vous !

ouroboros - frédéric Sintes

« La Roue du Temps tourne, les Ères se succèdent, laissant des souvenirs qui deviennent légende. La légende se fond en mythe, et même le mythe est depuis longtemps oublié quand reparaît l’Ère qui lui a donné naissance »

écrit par Sintaël

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 » Vivants  » d’ Isaac Marion

« Vivants » propose une réflexion neuve dans le genre… dommage qu’un parfum de naïveté adolescente nous pousse parfois à soupirer .

Mise en bouche: « Vivants » (« warm bodies ») d’Isaac Marion est sorti aux éditions Bragelonne. Il s’agit d’un roman post-apocalyptique à la première personne qui nous place dans la peau boursoufflée de R, zombie. Lui et ses semblables mènent un simulacre de vie en communauté dans un aéroport abandonné. Lors d’une excursion en ville, il croise le chemin de Julie, survivante à la chaire fraiche et rosée. Mais notre héros décide de ne pas la tuer, posant ainsi les premiers jalons d’une étrange relation.

 

– Peut-on se permettre n’importe quelle fantaisie en littérature de l’imaginaire ?

– « Oui, oui bien sûr Monsieur ! Je prône une fantasmagorie débridée, explosive, libérée de tous préformatages des littératures de genre ! »

– Oui ,oui mais… attention à la rupture du « willing suspension of disbelief » .

– Ca fait mal ?

– Euh…un peu.

Cette « suspension consentie de l’incrédulité » est un concept des théories scénaristiques où le lecteur abandonne sciemment son pragmatisme pour accepter les règles de l’univers dans lequel il plonge, fussent elles très différentes de sa réalité. Et là, « Vivants » n’a pu empêcher mon incrédulité de remonter à la surface vaseuse de mon cervelet. Et cela, probablement à cause d’un drôle de dépoussiérage dans la mythologie zombie. Mes méninges, probablement gorgées de stéréotypes, n’ont pu digérer toutes ces innovations. Je blâme mon cerveau car j’ai malgré tout une certaine affection pour la tentative de l’auteur. Surtout dans le genre post-apocalyptique-zombie qu’on bouffe dans tous les restaurants mais souvent à la même sauce.

Innovant…

Donc, Isaac Marion taille un nouveau costume à la goule. Vous reconnaitriez à peine notre ami vert-gris à la patte trainante. Et ça, c’ est à la fois une bonne chose et une mauvaise.

C’est d’abord une bonne chose. En effet, quand on ouvre un bouquin de zombies, on s’apprête à trouver la même vieille recette : une humanité consumériste, égoïste, rongée par sa propre folie. « Vivants » pousse dans une autre direction : qu’est ce que « vivre » ? Est-ce que c’est un palpitant encore en fonction ou quelque chose de plus ? Bref, une petite réflexion qui fait plaisir dans le « toujours plus et plus vite » de nos vies citadines.

… mais un peu naïf

Mais c’est aussi une mauvaise chose. En effet, je ne suis pas habitué à voir les zombies aussi « humanisés ». Car à force de voir des hordes de goules gémissantes sans cervelles, j’ai été dérangé par cette sorte de « culture zombie » inventée par I. Marion. Souvent, je suis sorti du récit, incrédule. Un exemple : dans l’aéroport infesté de zombies où vit R, le héros, des goules rassemblent les petits dans une école improvisée pour un cours sur le meilleur endroit où mordre un vivant. L’histoire tombe alors dans le naïf, voir le ridicule. Et c’est particulièrement le cas dans les scènes mêlant romance et bons sentiments ; la sauce ne prend pas. Dans le fond, c’est un peu le problème des « bit-lit ». On lisse les gentils vampires et loups-garous pour les transformer en beaux gosses bad-ass charismatiques. Bon ici, l’univers n’est pas aussi manichéen, mais malgré tout le lifting du zombie a du mal à passer.

Outre ce problème de contenu, le lyrisme est très appréciable (oui,oui du lyrisme dans un livre de zombie). Un ton qui tranche évidemment avec le genre. Un contraste de plus pour ce roman qui néanmoins ressemble fortement à ses créatures : gris, froid, trainant à défaut d’être entrainant.

A peine publié, aussitôt adapté

Après l’engouement pour Twilight, on comprend pourquoi les droits ont été rachetés rapidement. La production vise certainement à valoriser ce qu’il y a de moins bon dans le livre : son côté sitcom pour éphèbe en mal de vivre. Il suffit de regarder la gueule du héros. C’est le politiquement correct du gothique. Le Zombie devient un ado emo blafard.

Merde! Des zombies qui écoutent Tokyo Hotel, c’est pire que tout !

écrit par Sintaël

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